MarchésLecture n°03
10 août 2026 · 7 min de lecture

STMicroelectronics : pourquoi la hausse d'août ne valide rien

Le titre a repris 3,5 % depuis notre dossier sans qu'aucune nouvelle ne le justifie, et sort par le haut de notre zone de valorisation normale. Une hausse portée par le secteur n'est pas une thèse qui se confirme.

Signé
La rédaction Quarto
Écrit le 10 août 2026

Quinze jours après avoir été sanctionné de 17,7 % en une seule séance, STMicroelectronics figure de nouveau parmi les soutiens du CAC 40. Le titre cote 48,49 € en séance ce 10 août, contre 46,84 € au moment où nous bouclions son dossier, le 27 juillet. Trois et demi pour cent de mieux en deux semaines, sans qu'aucune annonce de l'entreprise ne soit venue s'intercaler. Ce genre de mouvement est précisément celui qu'il faut savoir ne pas lire comme une bonne nouvelle.

48,49 €
STMicroelectronics en séance, 10 août
+0,5 %
48,25 €
Haut de notre zone de valorisation normale — franchi
−30,1 %
Recul depuis le sommet du 22 juin
3,70 Md$
Chiffre d'affaires guidé pour le 3ᵉ trimestre, clos le 26 septembre

Un CAC 40 immobile à portée de ses records

La séance parisienne du 10 août n'a pas de direction : l'indice évolue autour de 8 714 points, à quelques encablures de sa clôture de la veille, après une série de records qui avaient nourri notre lecture du 7 août. Ce qui bouge n'est pas l'indice, c'est sa composition interne. Crédit Agricole avance sur un programme de rachat portant sur un maximum de 32 millions de titres. EssilorLuxottica et Capgemini reculent de plus de 2 % chacun. Et la technologie européenne se sépare en deux : les services informatiques souffrent, les fabricants de puces montent.

Un indice stable qui cache quatre points d'écart entre ses extrêmes ne raconte pas la même chose qu'un indice stable de bout en bout.

Cette dispersion vaut mieux qu'un commentaire sur le niveau de l'indice. Ici, l'immobilité est un solde, pas un calme.

Pourquoi STMicroelectronics monte sans nouvelle

Cherchons l'information propre à l'entreprise : il n'y en a pas. Aucun communiqué, aucun contrat, aucune révision de perspectives n'est venu de Genève ces derniers jours ; la revue des valeurs à suivre du jour ne mentionne ni le groupe ni son secteur. La dernière publication date du 23 juillet, et c'est elle qui avait fait chuter le titre.

Ce qui a changé, c'est le décor. Le secteur des semi-conducteurs traverse une phase d'euphorie tirée par la mémoire et l'intelligence artificielle : les revenus tirés de la mémoire passeraient de 216,3 milliards de dollars en 2025 à 633,3 milliards en 2026, un quasi-triplement en douze mois qui ferait peser cette seule catégorie presque autant que toutes les autres réunies. Un tel appel d'air soulève l'ensemble de la cote sectorielle, y compris les fabricants qui n'y sont pas exposés.

Or STMicroelectronics ne fabrique pas de mémoire. Son exposition à l'intelligence artificielle passe par les communications optiques des centres de données — une ambition réelle, portée à plus d'un milliard de dollars en 2026 et « bien au-dessus de deux milliards » en 2027 selon l'émetteur, mais qui reste une fraction de ses 3,49 milliards de chiffre d'affaires trimestriel.

Une hausse qu'aucun fait de l'entreprise n'explique ne confirme pas une thèse : elle en augmente le prix.

Ce que le PER de 102 fois ne dit pas

Un lecteur qui ouvrirait aujourd'hui une fiche de cotation de STMicroelectronics y lirait un ratio cours/bénéfice de 102,2 fois. La conclusion paraît écrite : le titre serait absurdement cher. Elle est fausse, et le mécanisme mérite d'être posé une fois pour toutes, parce qu'il se reproduit à chaque creux sectoriel.

Une fois retiré cet effet d'optique, le titre se paie environ 20 fois les bénéfices attendus, contre une moyenne sectorielle proche de 22,4 fois. Ce n'est ni cher ni bon marché : c'est aligné.

Le trimestre disait trois moteurs et un frein

Le deuxième trimestre, clos le 27 juin et publié le 23 juillet, a bel et bien marqué un redémarrage : 3 487 millions de dollars de chiffre d'affaires, en hausse de 26,0 % sur un an, un retour au bénéfice à 222 millions et une marge brute de 34,8 %. Le détail par segment est plus instructif que le total.

SegmentCA (M$)Var. anMarge d'exploitation
Traitement embarqué (microcontrôleurs)1 147+35,5 %19,7 %
Communications optiques & RF445+32,0 %21,2 %
Analogique, MEMS & capteurs1 426+26,0 %10,1 %
Discrets & puissance464+3,7 %−21,4 %

Trois segments croissent de 26 à 35,5 % et gagnent en rentabilité. Le quatrième — carbure de silicium, automobile électrique — ne progresse que de 3,7 % et voit sa perte d'exploitation s'aggraver à 99 millions de dollars, marge tombée de −12,5 % à −21,4 %. C'est le segment le plus exposé à la concurrence chinoise et à une demande européenne de véhicules électriques décevante.

Un huitième du chiffre d'affaires absorbe une part disproportionnée du résultat : c'est là que se joue la suite, pas dans le cycle mémoire.

La sanction du 23 juillet ne portait d'ailleurs pas sur ce trimestre-là, mais sur le suivant : 3,70 milliards de dollars annoncés pour le troisième trimestre contre environ 3,9 milliards attendus par le marché, soit 5 % de moins. Le chiffre d'affaires revient plus vite que la marge, et le marché payait alors 32,8 fois les bénéfices attendus. Ce n'est pas l'entreprise qui a été sanctionnée, c'est un prix qui avait pris de l'avance sur elle.

Où le cours se situe dans nos zones de valorisation

Notre dossier situe le titre dans trois zones, construites sur un bénéfice normalisé de 2,20 dollars par action converti à 1,1375. Chacune correspond à une hypothèse différente sur la marge, pas à un pronostic de cours.

48,49 € — le coursconservatrice · 30,88 – 36,67 €normale · 40,53 – 48,25 €optimiste · 60,20 – 68,80 €28 €72 €
Les trois zones de valorisation du dossier Quarto, en euros, et la position du cours au 10 août. Le titre sort de la zone normale par le haut, de 0,5 % — autant dire qu'il est sur la borne.

La zone normale suppose que la trajectoire annoncée est tenue : plus de 4 milliards de dollars de chiffre d'affaires au quatrième trimestre, centres de données au-dessus de 2 milliards en 2027, retour progressif vers une marge de milieu de cycle. La zone conservatrice suppose l'inverse : les volumes reviennent, la marge non.

Ce que nous surveillons d'ici au 26 septembre

Le prochain fait vérifiable est daté : la clôture du troisième trimestre, le 26 septembre, puis sa publication. Deux chiffres feront l'arbitrage — un chiffre d'affaires attendu à 3,70 milliards de dollars à 350 points de base près, et une marge brute de 37,0 % à 200 points de base près, dont environ 70 points de base de charges de capacités non utilisées.

D'ici là, tout mouvement de cours sera du bruit sectoriel. Le titre reste 30,1 % sous son sommet du 22 juin, ce qui donne l'impression d'un rattrapage possible ; mais ce sommet correspondait à 32,8 fois les bénéfices attendus, un niveau que rien dans les comptes actuels ne justifie de reprendre comme référence.

Ce que nous retenons

La lecture est inchangée : sortie de creux de cycle crédible, marge encore à prouver, segment puissance à la traîne. La hausse de ces deux semaines n'apporte aucune information nouvelle sur l'entreprise — elle réduit seulement l'écart entre le prix et la valeur que nos hypothèses les plus favorables lui reconnaissent.

Prochain juge de paix : les comptes du 3ᵉ trimestre, clos le 26 septembre

Publié par Quarto à titre informatif — ni conseil en investissement ni recommandation personnalisée. Investir comporte un risque de perte en capital.

Valeurs citées
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