Le marché a retiré à Dassault Systèmes son statut d'exception — à raison : la croissance à deux chiffres a disparu, la guidance dit +3 à 5 %. Mais il price aussi comme si la qualité avait disparu, et elle est intacte : 81 % de revenus récurrents, marge opérationnelle visée 32,2-32,6 %, 2,4 Md€ de trésorerie nette, ~1,5 Md€ de flux disponible par an. À 14 fois la guidance, l'ancien titre le plus cher du logiciel européen se paie au niveau du moins cher de son panel. Le pari n'exige pas le retour de la croissance d'avant — il exige que 3-5 % durables, à 30 % de marge et sans dette, finissent par valoir plus que 14 fois les bénéfices.
- l'ARR décélère sous +5 % (T3, fin octobre) ;
- la marge 2026 sort sous 32,2 % ;
- les Sciences de la vie reculent encore au S2 ;
- le BNPA 2026 sort de 1,30-1,34 € ;
- une nouvelle grosse acquisition précède la preuve ArisGlobal.
Une compression de multiple historique : plus de 40 fois les bénéfices en 2021, 14 aujourd'hui — l'excès d'hier fabrique le désamour, sans étape intermédiaire. Le marché extrapole les deux points faibles (Medidata, l'automobile européenne) à un groupe dont 82 % du logiciel croît normalement. L'actionnariat de croissance est parti, l'actionnariat value n'est pas arrivé — le titre est orphelin. Et personne ne parie contre non plus : 0,8 % de positions courtes déclarées — du délaissement, pas une bataille.
Le titre est à −2,7 σ sous sa tendance décennale (−3 à −3,8 σ sur 20-25 ans) — mais le régime est « décélération » : les droites décrivent l'éditeur qui composait à +13 %/an, et la fenêtre contient la bulle de 2021. Le −3σ pose une question, il n'autorise aucun « retour à 39 € » mécanique. La réponse est au geste 2 : le prix actuel paie le socle récurrent et ne paie pas la guidance.
L'auteur détient des actions Dassault Systèmes (première ligne ouverte en août 2025). Édité par Quarto SAS (RCS Mulhouse, SIREN 106 908 692) — Damien Zurbuch, auteur. Opinion personnelle — ceci n'est pas un conseil en investissement ni une recommandation personnalisée. Chaque chiffre est sourcé et daté (annexe §8) ; les dérivations de l'auteur y sont étiquetées comme telles.
Sommaire
Un dossier se lit dans l'ordre — mais chaque feuille se tient seule : résumé en tête, détail au-dessous. Chaque entrée est cliquable. Celui-ci lit un éditeur de logiciels : l'ARR, la part récurrente et l'écart IFRS/non-IFRS s'ajoutent aux métriques classiques (§3, §6).
Le métier
Dassault Systèmes vend les logiciels sans lesquels un avion, une voiture ou un médicament ne se conçoit pas — CATIA, SOLIDWORKS, ENOVIA, la plateforme 3DEXPERIENCE, Medidata pour les essais cliniques. Et les vend de plus en plus par abonnement : 81 % du chiffre d'affaires logiciel est récurrent, la valeur annuelle des contrats (ARR) atteint 4,44 Md€ — 71 % des ventes totales. Un client qui a vingt ans de production dans CATIA ne part pas : le coût de sortie est la vraie barrière du métier.
Trois lignes de produits (T2 2026, part du CA logiciel)
Innovation industrielle — 55 % (768 M€, +5 %) : CATIA, ENOVIA, DELMIA — conception, gestion du cycle de vie, usine numérique. Le cœur historique, toujours en croissance. PME — 27 % (380 M€, +8 %) : SOLIDWORKS en croissance à deux chiffres de sièges, CENTRIC dans la mode. Sciences de la vie — 18 % (252 M€, −4 %, dont Medidata −3 %) : le segment malade — sur lequel le groupe vient pourtant de doubler la mise (§5).
Les deux relais — réels mais lents
La plateforme 3DEXPERIENCE représente 43 % du logiciel éligible (+14 %), le cloud 28 % du logiciel (+14 %). Les deux avancent à deux chiffres — mais après des années de transition, ils ne sont toujours pas majoritaires. C'est la mesure exacte du débat : les relais tirent, le cœur pèse.
Mix géographique (CA logiciel T2)
Europe 38 % (stable — faiblesse automobile continentale, Europe du Nord à deux chiffres) · Amériques 37 % (+5 %) · Asie 25 % (+8 % — Inde, Corée, Japon ; Chine en retrait, pipeline annoncé en amélioration). Exposition équilibrée — et une sensibilité au dollar assumée : le +3 % à taux constants du semestre devient −1 % publié.
Secteur & position concurrentielle
Le logiciel de conception (CAO/PLM) est un oligopole à coûts de sortie élevés : Dassault Systèmes, Siemens et PTC s'y partagent l'essentiel. La position concurrentielle ne se dégrade pas — c'est la croissance du marché cœur qui a ralenti. Le moat est réel et se lit dans les chiffres ; il protège la marge, pas le multiple.
Le moat, prouvé par les chiffres
Marge opérationnelle non-IFRS de 30 % au S1, en hausse de 0,7 point ; 81 % de revenus récurrents ; un flux opérationnel qui traverse les crises — 1,19 Md€ en 2019, 1,24 Md€ dans le Covid, 1,63 Md€ en 2025. Une entreprise sans avantage concurrentiel ne tient pas vingt ans de marges pareilles dans un oligopole.
Test de cycle — le stress 2020, chiffré
Le CA a progressé de 10,7 % (lecture brouillée par la consolidation de Medidata), mais le résultat d'exploitation a cédé −17 % et le résultat net −21 % — pendant que le flux opérationnel restait stable. Le modèle récurrent amortit le choc en trésorerie, pas en résultat comptable. Cyclicité réelle mais amortie — très loin d'un équipementier.
L'IA : menace ou extension — trop tôt pour trancher par les chiffres
Le débat est ouvert : commoditisation de la conception assistée, ou extension de la plateforme ? Le groupe a répondu ce matin par des « Compagnons Virtuels » agentiques intégrés à 3DEXPERIENCE — une annonce, pas encore un chiffre. Le tableau de bord suivra l'ARR, pas les communiqués.
Les comptes
Sept exercices de comptes primaires disent une histoire en deux temps : une machine qui composait à +7,6 % par an… et qui vient de caler (CA 2025 : +0,5 % publié). Tout le reste est d'une propreté remarquable : marges en hausse, flux stable, trésorerie nette +2,4 Md€, dilution contenue.
| 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Chiffre d'affaires (Md€) | 4,02 | 4,45 | 4,86 | 5,67 | 5,95 | 6,21 | 6,24 |
| Résultat d'exploitation (Md€) | 0,81 | 0,67 | 1,02 | 1,30 | 1,24 | 1,36 | 1,35 |
| Résultat net pdg (Md€) | 0,62 | 0,49 | 0,77 | 0,93 | 1,05 | 1,20 | 1,20 |
| Flux opérationnel (Md€) | 1,19 | 1,24 | 1,61 | 1,53 | 1,57 | 1,66 | 1,63 |
| Capitaux propres (Md€) | 5,21 | 5,06 | 6,20 | 7,31 | 7,83 | 9,07 | 8,79 |
Oracle de cohérence : CA et résultat net 2022-2025 identiques entre le balisage XBRL, l'API normalisée et les communiqués — trois sources qui ne se parlent pas donnent le même chiffre.
La lecture honnête de la table
Le TCAM de +7,6 % est porté par 2019-2022 ; depuis 2023, la pente est de ~2,4 %/an, et 2025 est plat (+0,5 % publié, +4 % à taux constants — l'écart est le dollar, pas la demande, mais un actionnaire encaisse le publié). Le résultat net stagne à 1,20 Md€ depuis 2024, le flux plafonne à ~1,6 Md€ depuis 2021. La décélération n'est pas une opinion de marché : elle est dans les comptes.
Rentabilité, cash, bilan (registre API)
Marge d'exploitation ~22 % (IFRS), marge d'EBITDA ~34 %, FCF 1,47 Md€ en 2025, ROCE ~12 % — stable, au-dessus du coût du capital. Le rendement du flux ressort à 6,0 % de la capitalisation et 7,0 % de la valeur d'entreprise (trésorerie nette de +2,39 Md€ déduite — le marché paie l'exploitation moins que la capi).
Dilution & paie en actions — l'écart IFRS/non-IFRS, affiché
SBC estimée 2026 : ~115 M€ — 1,8 % du CA, ~9,6 % du résultat net : contenu pour un éditeur (les standards américains font couramment le triple). Mais l'écart entre les deux comptabilités reste large : 23,0 % de marge IFRS contre 30,1 % non-IFRS au S1, soit 7,1 points d'ajustements (SBC + amortissements d'acquisitions). Le non-IFRS n'est pas un mensonge — c'est la version flatteuse, et ce dossier affiche systématiquement les deux.
Allocation du capital — le point de friction
Dividende modeste (0,27 €, 355 M€, 24 % du FCF), pas de rachat structurel — l'essentiel du cash part en acquisitions : ArisGlobal, 1,8 Md$, adossée à une émission obligataire d'1 Md€ (juin 2026). La qualité de l'allocation dépend d'un M&A payé cher — le §5 en fait le procès complet.
Gouvernance & actionnariat
Une entreprise sous contrôle familial : GIMD (famille Dassault) détient 39,91 % du capital, avec un conseil de surveillance exclusivement familial. Pascal Daloz, successeur de Bernard Charlès — l'architecte de quarante ans de croissance —, cumule direction générale et présidence. Horizon long garanti, OPA impossible, contre-pouvoirs limités : trois faces de la même pièce.
Le contrôle familial est décisif dans ce dossier, dans les deux sens. Côté pile : aucune pression court-termiste, une constance stratégique rare (3DEXPERIENCE est un projet de quinze ans), un dirigeant dont la fortune est dans le titre. Côté face : pas de catalyseur activiste possible, pas de prime spéculative — et une politique d'acquisitions que personne ne peut contester de l'intérieur : ArisGlobal a été décidée par des gens qui ne rendent de comptes qu'à eux-mêmes. Le cumul DG-présidence, récent, réduit encore le contre-pouvoir formel.
Aucun signal négatif d'alignement : pas de cession familiale connue, dividende modéré, pas d'endettement de holding agressif documenté.
« Un actionnaire minoritaire de Dassault Systèmes est l'invité d'une maison familiale — bien tenue, mais qui ne lui demandera jamais son avis. »
Perspectives & risques
La direction guide +3-5 % à taux constants et 32,2-32,6 % de marge — confirmés ce matin. Les moteurs (cloud, IA, Sciences de la vie « unifiées ») sont réels mais inégalement prouvés. Le camp d'en face intellectuel est solide — mais presque personne ne le capitalise : 0,78 % de positions courtes déclarées, un seul fonds.
Guidance & trajectoire — le chiffré, en un coup d'œil
| Indicateur | Réalisé 2025 | Guidance 2026 | Trajectoire |
|---|---|---|---|
| CA total (non-IFRS) | 6,24 Md€ | 6,30-6,42 Md€ (+3-5 % tcc) | pas de plan pluriannuel chiffré |
| Marge opérationnelle | ~32 % | 32,2-32,6 % | expansion continue |
| BNPA dilué | ~1,29 € | 1,30-1,34 € (+3-6 % tcc) | — |
| ARR | — | +6 % au T2 | le vrai indicateur de régime |
Pas d'équivalent d'un « Elevate 2028 » : le groupe guide année par année. C'est un manque — le tableau de bord le compense en suivant l'ARR trimestre par trimestre.
Les moteurs, et leur crédibilité
① La bascule souscription/cloud : +14 % sur 3DEXPERIENCE et le cloud, prouvée par les trimestres — crédible, mais lente (28 % du logiciel). ② L'IA agentique intégrée : annoncée ce matin, aucune preuve chiffrée encore. ③ Les Sciences de la vie « plateforme unifiée » avec ArisGlobal : 175 M$ de CA achetés 1,8 Md$ — ~10,3 fois les ventes —, relution promise dès la première année, à vérifier sur pièces. ④ L'Asie hors Chine (+8 %) : le relais géographique le plus tangible.
Ce qui doit être vrai
(a) L'ARR continue de croître ≥ +5-6 % — c'est LE socle ; (b) la marge tient sa guidance en s'améliorant ; (c) les Sciences de la vie se stabilisent — le marché n'exige même pas qu'elles croissent, seulement qu'elles cessent de saigner.
Le camp d'en face, défendu sincèrement
Le CAO/PLM cœur est mature : la croissance résiduelle est du prix, pas des volumes. Medidata perd du terrain dans un marché dominé par un concurrent spécialisé — et plutôt que d'admettre l'échec, le management paie 10 fois les ventes pour « compléter » le segment : du renforcement d'échec, le pire schéma d'allocation. La transition cloud est trop lente pour être un relais et assez réelle pour peser sur les licences. L'IA générative pourrait déplacer la valeur vers des acteurs nés dedans. Le non-IFRS embellit structurellement (7 points d'écart). À 14 fois les bénéfices, ce n'est pas une décote — c'est le juste prix d'un éditeur ex-croissance qui ne l'a pas encore accepté.
Qui parie contre — le positionnement
Une seule position courte nette déclarée ≥ 0,5 % du capital au registre AMF : AQR Capital Management, 0,78 % (déclarée le 30/06/2026). C'est un plancher (les positions < 0,5 % ne sont pas déclarées), mais le message est clair : le camp d'en face intellectuel — décrit ci-dessus, et il est solide — n'est presque pas capitalisé. À −43 % du plus haut, personne ne parie sur la poursuite de la chute : c'est du délaissement, pas une conviction baissière. Le pessimisme est dans le cours, pas dans les positions.
Les risques, hiérarchisés
1. Plafonnement structurel de la croissance (probabilité moyenne, impact majeur — le débat central). 2. Échec d'intégration ArisGlobal et récidive M&A (moyenne, significatif). 3. Érosion Medidata prolongée (élevée, modéré — 18 % du logiciel). 4. Dollar faible persistant (élevée, modéré — mécanique). 5. Disruption IA du cœur (faible à cet horizon, majeur si avérée).
Valorisation
La statistique crie « historiquement bas » — près de trois écarts-types sous toutes les tendances. Le dossier refuse ce raccourci : régime « décélération », droites mortes, bulle 2021 dans la fenêtre. La vraie question : 14 fois la guidance, est-ce trop payer un éditeur à 3-5 % de croissance ? Réponse chiffrée : c'est le prix d'un éditeur SANS croissance — la guidance, elle, n'est pas payée.
Geste 1 — le prix face à son histoire
| Fenêtre | Valeur d'équilibre | Position | Lecture |
|---|---|---|---|
| 25 ans | 47,43 € | −3,04 σ | droite morte (régime décélération) |
| 20 ans | 54,75 € | −3,83 σ | idem |
| 10 ans | 39,36 € | −2,73 σ | fenêtre contenant la bulle 2020-21 |
Le régime du moteur est « décélération » : la pente décennale (6,6 %/an) a décroché de 8,5 points sous celle des 25 ans (13,0 %). Les droites longues décrivent un éditeur qui n'existe plus, et la fenêtre de 10 ans contient les années où ce titre se payait plus de 40 fois les bénéfices. L'écart statistique pose une question ; il n'autorise aucun « retour à 39 € » mécanique. C'est le cas Valeo, en plus extrême — quiconque vend du −3σ comme un objectif de cours vend un mirage. La réponse est au geste 2.
Le prix face aux voisins
| Société | Capi (Md) | PER est. | Marge expl. |
|---|---|---|---|
| Dassault Systèmes | 24,7 € | 13,4× | 22,4 % |
| PTC | 13,2 $ | 13,2× | 41,6 % |
| Autodesk | 43,3 $ | 14,4× | 29,5 % |
| Hexagon | — | 15,0× | 24,1 % |
| SAP | 151,2 € | 15,3× | 30,0 % |
| Synopsys | 72,4 $ | 21,9× | — |
Deux comparables partiellement écartés après contrôle automatique : Hexagon (capitalisation et VE/EBITDA faussés par un mélange de devises), Synopsys (PER courant et marge déformés par une intégration majeure) — seuls leurs PER estimés, sans dimension, sont retenus.
L'ancien premium du secteur cote dans le bas du panel — au niveau de PTC, sous tous les autres — à marges comparables et bilan supérieur (trésorerie nette positive quand le panel vit à levier). Pour la première fois de son histoire récente, Dassault Systèmes se paie comme un éditeur ordinaire.
Geste 2 — ce que le prix suppose, chiffré
À 18,80 €, l'acheteur paie 14,2× le milieu de la guidance 2026 et encaisse un rendement de flux de 7,0 % sur la valeur d'entreprise. Un éditeur récurrent à 81 % et à 32 % de marge vaut 12 à 14 fois ses bénéfices s'il ne croît plus jamais — c'est exactement la fourchette actuelle. Autrement dit : le prix paie le socle récurrent existant et ne paie pas la guidance. Chaque année où le +3-5 % se réalise est une année que le cours actuel offre gratuitement. C'est le miroir inverse de 2021, où le prix supposait le +13 % perpétuel.
« Le prix actuel paie le socle récurrent et ne paie pas la guidance — chaque année de +3-5 % réalisée est offerte. »
La sensibilité — chiffrée
Ce dossier est un pari de multiple, pas d'exécution : 1 point de marge ne vaut que 64 M€ (3,1 % du résultat opérationnel — contre 38 % du FCF chez Valeo : l'exécution est dérisquée par la récurrence). En revanche, chaque tour de PER vaut 1,32 €, soit 7,0 % du cours : de 14× à 17×, le titre fait +21 % sans qu'un seul chiffre d'exploitation change.
La méthode — pourquoi celle-ci, et comment les trois zones sont construites
Aucune de ces fourchettes ne sort d'un modèle de flux actualisés. La recette tient en une ligne — zone = base de bénéfice × fourchette de multiple × horizon — et tout le travail consiste à choisir les trois ingrédients pour Dassault Systèmes en particulier. Le choix se justifie ; il ne se décrète pas.
Dassault Systèmes capitalise 24,70 Md€ sur 1 314 M d'actions. C'est un modèle d'abonnements, donc un bénéfice très prévisible : le consensus le situe autour de 1,30-1,32 € par action en 2026 et 1,40 € en 2027, et il ne surprend guère. Toute la valorisation se joue donc sur le multiple — combien paie-t-on une rente logicielle dont la croissance a ralenti ? Le marché a tranché sévèrement : le titre est à −3,04 σ de sa tendance décennale, le deuxième plus bas de toute la couverture. Mais le régime est en décélération : cette tendance extrapole une croissance à deux chiffres que l'éditeur ne délivre plus, si bien que le z exagère (−2,73 σ à vingt-cinq ans). La décote reste réelle, mais elle sanctionne un ralentissement avéré, pas un malentendu — et c'est pourquoi les zones font varier le multiple de 12× à 23× selon ce que le marché voudra bien croire de la réaccélération.
| La méthode, et ce qu'elle donne ici | Verdict |
|---|---|
| PER forward sur bénéfice 2027 16-19× le BPA 2027e (~1,40 €) | ✓ retenue — le bénéfice d'un éditeur d'abonnements est très prévisible : tout l'écart de valorisation vient du multiple qu'on accepte de payer pour sa croissance |
| Canal de régression 10 ans z −3,04 σ | ✗ écartée — régime de décélération : la tendance extrapole une croissance à deux chiffres que l'éditeur ne délivre plus ; le 25 ans (−2,73 σ) est un cran moins extrême |
| Comparaison au multiple des éditeurs de croissance 20-25× | ✗ écartée — les éditeurs qui se paient 20-25× affichent une croissance à deux chiffres ; appliquer ce multiple à un bénéfice qui progresse de 1,31 € à 1,40 € par an supposerait une réaccélération non démontrée |
| Ingrédient | Retenu | Sa provenance |
|---|---|---|
| Base de bénéfice | BPA de 1,31 € (2026) à ~1,50 € (2028) | consensus par exercice — une base très stable, l'abonnement rendant le résultat prévisible |
| Fourchette de multiple | 11,8× à 23× | amplitude des éditeurs selon leur rythme de croissance |
| Source du multiple | Comparables sectoriels nommés | 12× à 23× — du logiciel sans croissance (12-14×) à l'éditeur qui réaccélère (20-23×) ; le titre occupe aujourd'hui le bas de la fourchette |
| Zone | Ce qu'il faut croire | Le calcul | Fourchette |
|---|---|---|---|
| Conservatrice à 1 an | la croissance reste durablement nulle Échéance : l'exercice en cours, sans inflexion | 1,31 € × 11,8-14,1× | 16–19 € |
| Normale à 18 mois | la guidance tient et les revenus récurrents confirment Échéance : exercice 2027, consensus de place | 1,40 € × 16,1-18,9× | 23–27 € |
| Optimiste à 30 mois | réaccélération visible du cloud et de l'IA Échéance : horizon 2028 — deux exercices de réaccélération à prouver | 1,50 € × 20-23× | 30–35 € |
Lecture : chaque zone applique un multiple à BPA 2027e ~1,40 €, à une échéance donnée. L'horizon n'est pas décoratif — un même gain n'a pas la même valeur selon qu'il se réalise en un an ou en quatre. Les bornes sont arrondies à un chiffre rond ; une fourchette au centime serait une fausse précision. Base très stable, multiple très variable : l'inverse d'un dossier de retournement. Ce que cette méthode n'est pas : ni un modèle de flux actualisés (DCF), ni un objectif de cours. Trois jeux d’hypothèses conditionnelles, affichés pour être contestés.
Zones de prix — trois lectures conditionnelles
| Zone | Ce qu'il faut croire | Hypothèse | Fourchette |
|---|---|---|---|
| Conservatrice à 1 an | la croissance reste durablement nulle | 1,31 € × 11,8-14,1× | 16–19 € |
| Normale à 18 mois | la guidance tient et les revenus récurrents confirment | 1,40 € × 16,1-18,9× | 23–27 € |
| Optimiste à 30 mois | réaccélération visible du cloud et de l'IA | 1,50 € × 20-23× | 30–35 € |
Dérivations de l'auteur, hypothèses affichées — pas des objectifs de cours. Le cours actuel est dans la zone conservatrice : le marché paie déjà le scénario sans croissance. Le consensus (20 analystes, médiane 21,00 €, avis dominant « conserver ») tombe entre conservatrice et normale — la grille n'a pas été écrite pour donner raison à la thèse.
Tableau de bord & timing
Sept indicateurs, avec leurs seuils, décidés le jour des résultats S1 — avant le prochain rendez-vous. Un dossier qui fixe ses seuils après coup ne prouve rien ; celui-ci les publie d'avance.
| Indicateur | Favorable | Défavorable | Dernier point |
|---|---|---|---|
| ARR (taux constants) | ≥ +6 % | < +5 % — invalidation n°1 | +6 % (T2 26) |
| Marge op. non-IFRS 2026 | dans 32,2-32,6 % | < 32,2 % | 30,1 % (S1) |
| Sciences de la vie | retour à ≥ 0 % | recul persistant au S2 | −4 % (T2) |
| BNPA 2026 | 1,30-1,34 € | sous 1,30 € | 0,61 € au S1 |
| ArisGlobal | closing propre, relution démontrée | nouvelle grosse cible avant la preuve | annoncée 23/07 |
| Registre VAD (AMF) | pas de nouvelles entrées | entrées multiples > 0,5 % | 0,78 % (AQR seul) |
| Dollar | ≥ 1,17 $/€ stable | dépréciation marquée | 1,17 $/€ (hyp. guidance) |
Timing — daté du 23 juillet 2026, périmé par construction
Le catalyseur du jour est passé : résultats solides, guidance confirmée, accueil favorable (+4,9 % entre la clôture du 21/07 et la mi-séance du 23/07). Le titre reste 43 % sous son plus haut de 52 semaines (33,16 €) et cote dans sa zone conservatrice. Pas d'événement binaire avant fin octobre : la fenêtre est ouverte pour construire une position sans payer de prime d'événement — c'est aussi trois mois sans catalyseur pour sortir du statut d'orphelin.
Annexe — sources & données
Chaque chiffre sort avec sa source et sa date. Ce dossier lit un éditeur de logiciels : ARR, part récurrente et écart IFRS/non-IFRS s'ajoutent au gabarit. Les manques sont listés plutôt que comblés par approximation.
L'archétype éditeur — ce qui change dans la lecture
Le gabarit industriel s'applique (marges, FCF, trésorerie), enrichi de trois lentilles du métier : l'ARR (valeur annuelle des contrats récurrents — le baromètre du modèle de souscription), la part récurrente du CA logiciel (81 %), et l'écart IFRS / non-IFRS (7,1 points au S1 : SBC + amortissements d'acquisitions) — l'émetteur pilote en non-IFRS, ce dossier affiche les deux.
Sources primaires
Historique 2019-2025 — balisage XBRL/ESEF des documents d'enregistrement universels 2020, 2021, 2023 et 2025, dépôts réglementaires AMF (open data) : sept exercices de CA, résultat d'exploitation, résultat net, capitaux propres, flux opérationnel.
S1 2026 et ArisGlobal — communiqués du 23/07/2026, même canal (dépôt AMF du jour) : CA S1 3 065,5 M€ (+3 % tcc), marge non-IFRS 30,1 %, BNPA 0,61 €, ARR 4,44 Md€ (+6 %), guidance confirmée (6,30-6,42 Md€, 32,2-32,6 %, 1,30-1,34 €), acquisition ArisGlobal ~1,8 Md$ + earn-out 200 M$, CA attendu 175 M$. Émission obligataire 1 Md€ — dépôt du 15/06/2026. Capital & contrôle — URD 2025 : GIMD 39,91 %.
Marché et comparables — API du 23/07/2026 13:54 UTC. Deux exclusions partielles après contrôle automatique : Hexagon (capitalisation incohérente au recoupement cours × actions, VE/EBITDA faussé par mélange de devises), Synopsys (PER 86× — exercice déformé). Oracle de cohérence : CA/RN 2022-2025 identiques entre XBRL, API et communiqués.
Positions courtes — registre AMF des ventes à découvert (SSR ≥ 0,5 %), collecte du 23/07/2026 : une seule position déclarée, AQR Capital Management à 0,78 % (30/06/2026). Erratum du 23/07 au soir : la première édition attribuait par erreur à Dassault Systèmes le registre VAD d'un autre émetteur (10,8 %, 8 fonds) — collecte corrigée, lecture du §5 et du tableau de bord ajustée en conséquence.
Cours et statistiques — moteur de régression Quarto, 6 415 points du 23/07/2001 au 21/07/2026, InfluxDB complété par Yahoo Finance. Canaux 25/20/10 ans ; régime « décélération » (écart de pente −8,5 pts). Généré le 23/07/2026.
Dérivations de l'auteur
Signalées comme telles : trésorerie nette, TCAM, PER sur guidance (14,2×), rendements de flux (6,0 % capi / 7,0 % VE), multiple ArisGlobal (~10,3× les ventes), parts de segments, sensibilités, et les trois zones de prix (multiples × BNPA guidés, puis projetés à +6 %/an pour 2027-2028).
Manques assumés
Série ARR pluriannuelle (un seul point sourcé). PER et VE/EBITDA moyens 10 ans propres. SBC en série longue. Série du nombre d'actions (dilution fine). Date exacte des résultats T3. Détail de l'earn-out ArisGlobal. Historique fondamental limité à sept exercices (XBRL 2019-2025) — la profondeur longue est portée par 25 ans de cours.
Conflits d'intérêts
L'auteur détient 335 actions Dassault Systèmes (première acquisition en août 2025) à la date de rédaction. Aucune opération n'est décidée pour les 15 prochains jours ; toute opération suivra la note privée de money management, hors de ce document. Aucune rémunération n'est perçue de l'émetteur. Communication préalable à l'émetteur : aucune. Opinion personnelle — ceci n'est pas un conseil en investissement ni une recommandation personnalisée.
Publié par Quarto à titre informatif — ni conseil en investissement ni recommandation personnalisée. Investir comporte un risque de perte en capital.