MarchésLecture n°24
26 août 2026 · 11 min de lecture

Pernod Ricard : ce que ses résultats du 27 août doivent prouver

Sur neuf mois, le chiffre d'affaires organique de Pernod Ricard recule de 4,4 % ; l'objectif annuel annoncé le 16 avril est de −3 à −4 %. Le 27 août dira si le quatrième trimestre a tenu, et à quel prix pour la dette.

Signé
La rédaction Quarto
Écrit le 26 août 2026

Deux chiffres datés de la même séance, celle du mardi 25 août 2026 : le CAC 40 clôture à 8 439,20 points, en hausse de 9,23 % sur un an ; Pernod Ricard clôture à 67,20 €, en baisse de 31,90 % sur la même période. Le second appartient au premier. Jeudi 27 août à 7 h 30, heure de Paris, le groupe de spiritueux publiera les comptes de son exercice clos le 30 juin 2026 — et la question posée ce matin-là n'aura pas grand-chose à voir avec le record d'août de l'indice.

67,20 €
Pernod Ricard, clôture du 25 août
−2,61 %
−4,4 %
Croissance organique sur neuf mois
−3 % à −4 %
Objectif annuel annoncé le 16 avril
3,8×
Dette nette / EBITDA au 31 décembre

Un indice à +9 %, une de ses composantes à −32 %

Le CAC 40 a inscrit son plus haut de douze mois à 8 755,03 points au cours du mois écoulé, avant de refluer. Il termine la séance du 25 août à 8 439,20 points : −0,16 % sur la journée, −0,82 % sur la semaine, mais +3,55 % depuis le 1er janvier et +9,23 % sur un an. Pernod Ricard, qui en est membre, affiche sur les mêmes périodes −1,44 % sur la semaine, −8,07 % depuis le 1er janvier et −31,90 % sur un an. Le titre a évolué entre 58,60 et 107,45 € au cours des douze derniers mois, et capitalise 16 952 M€ au cours de clôture.

Cette divergence n'est pas une impression : elle se mesure. Sur un an, ABC Bourse calcule pour le titre un bêta de 0,66 et une corrélation au CAC 40 de −54,33 % — un chiffre négatif, c'est-à-dire un titre dont les variations se sont en moyenne opposées à celles de l'indice plutôt qu'elles ne l'ont accompagné. C'est un rappel utile un mois de records : un indice est une moyenne pondérée de quarante trajectoires, et rien n'oblige deux d'entre elles à se ressembler.

Appartenir au CAC 40 ne dit rien de ce que fait une action : l'indice est une moyenne pondérée de quarante trajectoires.

La séance du 25 août illustre l'écart à elle seule : −2,61 % pour le titre contre −0,16 % pour l'indice, sur 722 079 actions échangées, soit 0,29 % du capital. Aucun communiqué de l'émetteur n'est paru ce jour-là. Le fil officiel de Pernod Ricard ne porte, depuis le 22 juillet, que trois éléments : la nomination de Mauve Croizat comme directrice exécutive Finance & Tech, le bilan semestriel du contrat de liquidité le 28 juillet, et l'invitation à la publication annuelle le 18 août. Nous constatons le mouvement ; nous n'en connaissons pas la cause, et nous n'en inventerons pas une.

Où en est l'exercice 2025/26 de Pernod Ricard

Le décor de jeudi tient en trois publications, dont deux portent sur l'exercice en cours. Le 28 août 2025, l'exercice 2024/25 se soldait sur un chiffre d'affaires de 10 959 M€, un bénéfice par action courant de 7,26 € et une dette nette de 10 727 M€ : c'est la base de comparaison. Le 19 février, l'émetteur a annoncé un chiffre d'affaires semestriel de 5 253 M€, en repli organique de 5,9 % et de 14,9 % en publié, avec un résultat opérationnel courant de 1 614 M€ (−7,5 % en organique, −18,7 % en publié). Le 16 avril, le troisième trimestre est ressorti à 1 945 M€, soit +0,1 % en organique — l'arrêt de la baisse, avec des volumes totaux du groupe revenus à +4 % et ceux des marques stratégiques internationales à +3 %. Le cumul de neuf mois s'établit à 7 199 M€, en recul organique de 4,4 %.

Exercice 2025/26 de Pernod Ricard, croissance du chiffre d'affaires — source émetteur
PériodeChiffre d'affairesOrganiquePublié
1er semestre (juil.-déc. 2025)5 253 M€−5,9 %−14,9 %
3e trimestre (janv.-mars 2026)1 945 M€+0,1 %−14,6 %
Neuf mois7 199 M€−4,4 %−14,8 %
Objectif annuel (annoncé le 16/04/2026)−3 % à −4 %non chiffré

Le contraste géographique est resté brutal jusqu'au troisième trimestre. Sur neuf mois, les Amériques reculent de 10 % et les États-Unis de 14 % ; la Chine perd 24 %, après un premier semestre à −28 %. À l'inverse, l'Inde progresse de 6 % sur neuf mois et de 11 % au seul troisième trimestre, le travel retail mondial de 2 % et de 11 %, et l'Europe repasse en croissance au troisième trimestre à +1 % après un cumul à −2 %. Deux marchés font l'essentiel du recul : au troisième trimestre, hors États-Unis et Chine, l'émetteur chiffre la croissance du reste du monde à +5 %.

Le quatrième trimestre contre l'objectif de −3 à −4 %

Neuf mois à −4,4 %, objectif annuel à −3 % / −4 % : les deux chiffres ne sont pas compatibles avec un quatrième trimestre identique au cumul. Pour que l'exercice atterrisse dans la fourchette, le trimestre d'avril à juin doit faire mieux que les neuf mois qui le précèdent ; pour viser le haut de la fourchette, il doit être en croissance. Le quatrième trimestre pèse approximativement un quart de la base annuelle : l'ordre de grandeur suffit ici, la direction ne dépend pas de l'arrondi.

Fourchette de l'objectif annuel annoncé le 16 avril 2026 : −3 % à −4 % 1ᵉʳ semestre 2025/26 — 5 253 M€ −5,9 % 3ᵉ trimestre 2025/26 — 1 945 M€ +0,1 % Cumul neuf mois — 7 199 M€ −4,4 % 0 %
Croissance organique du chiffre d'affaires, exercice 2025/26. Le cumul de neuf mois est à gauche de la fourchette d'objectif : atteindre celle-ci suppose un quatrième trimestre meilleur que le cumul des neuf mois.

Le 16 avril, l'émetteur a nommé la cause de cette fourchette : c'est « compte tenu du conflit en cours au Moyen-Orient » qu'il a chiffré pour la première fois de l'exercice un recul annuel de 3 à 4 %. Le même communiqué a fait basculer le travel retail mondial, attendu « globalement stable sur l'exercice » en février, à un « léger repli » en avril, en raison des perturbations des déplacements. La causalité n'est pas de nous : elle est écrite par l'entreprise, et elle est datée.

L'entreprise a publié son propre étalon le 16 avril. La publication de jeudi ne se jugera pas contre un consensus d'analystes, mais contre une fourchette qu'elle s'est elle-même donnée.

Neuf mois à −4,4 %, objectif annuel à −3 % : viser le haut de la fourchette suppose un quatrième trimestre en croissance.

La dette baisse en euros et monte en multiple

Au 30 juin 2025, la dette nette s'établissait à 10 727 M€, en baisse de 224 M€ sur un an, pour un ratio dette nette / EBITDA de 3,3 fois. Au 31 décembre 2025, elle atteint 11 168 M€ — en hausse de 441 M€ par rapport à juin, mais en baisse d'environ 900 M€ sur douze mois glissants — et le ratio monte à 3,8 fois. L'émetteur donne lui-même les deux raisons de cette hausse : un EBITDA plus faible, effet de change compris, et le calendrier des versements de dividende. Comparer une clôture de décembre à une clôture de juin n'est pas homogène chez un groupe dont l'exercice se termine au 30 juin ; le chiffre du 30 juin 2026, lui, le sera.

La dette recule d'environ 900 millions d'euros sur douze mois, et le multiple d'endettement monte quand même.

Le sujet n'est pas théorique. Le 21 avril 2026, Moody's a confirmé la note à long terme Baa1 mais ramené la perspective de stable à négative, en anticipant « un maintien prolongé des ratios de crédit à des niveaux insuffisants pour une notation Baa1 ». Le 16 avril, l'émetteur a de son côté inscrit dans ses perspectives à moyen terme une intention explicite : ramener le ratio dette nette / EBITDA sous 3 fois d'ici l'exercice 2028/29. Le coût moyen de la dette, lui, est descendu à 3,2 % au premier semestre contre 3,4 % un an plus tôt.

Au milieu, le dividende. Il est fixé à 4,70 € par action depuis trois exercices, soit 64,7 % du bénéfice par action courant de l'exercice 2024/25 (7,26 €, en repli de 8 %). Or ce dénominateur se contracte : le bénéfice par action du premier semestre 2025/26 ressort à 4,04 €, en baisse de 20 %. Un acompte de 2,35 € a été détaché le 22 juillet ; le solde sera soumis à l'assemblée générale du 20 novembre. Le montant proposé jeudi est donc un chiffre d'information à part entière, au même titre que la marge. Au 25 août, les positions vendeuses déclarées au registre des positions courtes de l'AMF totalisent 1,92 % du capital, soit 325,49 M€, réparties entre trois gérants.

Trois révisions dans le même sens

Un détail passe inaperçu quand on ne lit qu'une publication à la fois : sur l'exercice, l'enveloppe d'investissements stratégiques — les stocks de vieillissement et les dépenses de capacité, que l'émetteur présente ensemble et pilote d'un exercice à l'autre — a baissé deux fois en huit mois — trois annonces, deux révisions, toujours dans le même sens.

Investissements stratégiques attendus sur l'exercice 2025/26, tels qu'annoncés à trois dates
DatePublicationEnveloppe annoncée
28/08/2025Résultats annuels 2024/25inférieurs à 900 M€
19/02/2026Résultats semestriels 2025/26environ 750 M€
16/04/2026Chiffre d'affaires du 3e trimestreinférieurs à 700 M€

Le résultat se voit déjà dans les comptes semestriels : malgré un résultat opérationnel courant en baisse organique de 7,5 %, le flux de trésorerie disponible progresse de 9,5 % à 482 M€, et les coûts de structure reculent de 10 %. Le programme d'efficacités d'un milliard d'euros couvrant les exercices 2025/26 à 2028/29 doit livrer un tiers de son total dès cette année — c'est l'une des rares affirmations de l'exercice qui se vérifiera jeudi de façon binaire.

Le contexte de l'année aide à lire cette discipline. Le 26 mars, Pernod Ricard confirmait discuter d'un rapprochement avec Brown-Forman ; le 28 avril, les discussions se terminaient sans accord, faute de « conditions mutuellement acceptables ». Entre-temps, le groupe a finalisé la cession de Mumm Napa et annoncé celle de Kenwood, poursuivant l'allègement de son empreinte viticole californienne. Notre lecture du 18 août sur les multiples de la consommation en bas de cycle posait la question du bénéfice de référence ; jeudi en donnera un nouveau point.

Ce que nous retenons

La direction de l'exercice est déjà connue : négative, et l'émetteur en a publié la fourchette quatre mois à l'avance. Ce que le 27 août ajoutera n'est donc pas une surprise sur le chiffre d'affaires, mais la mesure de deux grandeurs que la fourchette ne dit pas — où s'arrête la marge opérationnelle courante, et où se referme la dette nette au 30 juin. Un exercice de transition ne se juge pas à sa croissance, négative par construction, mais à la vitesse à laquelle la dégradation ralentit.

Prochain juge de paix : les comptes annuels 2025/26, jeudi 27 août 2026 à 7 h 30 (heure de Paris), puis le vote du solde du dividende à l'assemblée générale du 20 novembre.

Publié par Quarto à titre informatif — ni conseil en investissement ni recommandation personnalisée. Investir comporte un risque de perte en capital.

Valeurs citées
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